Démarche plastique

Une exploration des façons variées d’interroger la matérialité des images peintes et objets, constitue la majeure partie de mon projet aujourd’hui. Afin de suivre ce chemin et de générer plusieurs formes par ce sujet, je fais une production qui intègre des gestes contradictoires : construction de la picturalité en peinture, et matière en volume face à leur altération, voir détérioration et disparition. Ce travail se compose actuellement en trois parties : la production de peintures sur des supports très fins, la déformation de ces derniers devenus épidermes de matière en les manipulant avec des gestes qui perturbent un effet pictural pour privilégier une surface informe. Finalement, ces feuilles sont disposées au sol et au mur dans un espace d’exposition, créant des sortes de corps marqués par les traces de leurs vies.

La conception de ce projet est basée notamment sur une volonté de déconstruire la peinture et de la mettre plus en relation avec son contexte. La surface peinte peut ensuite agir in situ et se plier, se froisser et prendre d’autres formes plus souples. L’acte de la peinture sur ses surfaces commence avec une réflexion sur des photographies venant de plusieurs domaines, plus récemment en lien avec le mouvement des travailleurs polonais Solidarność, en mobilisant les traces numériques d’un moment fondateur de la démocratie en Europe de l’Est, il y a quarante ans. Quand ses images sources sont traduites en peinture, elles quittent le domaine du symbolique pour habiter un espace : comme des faits visuels avec une certaine inaptitude à retranscrire les empreintes du passé, les vestiges d’une multitude d’expériences humaines sur un même plan horizontal, se déroulant comme des parchemins.

Ainsi, le projet Path to no end, pour ma dernière résidence à Linz, a exploré les traces de la mémoire de multiples façons visuelles et dimensionnelles. La première partie de ce projet a été l’exécution de peintures sur des feuilles d’aluminium, des surfaces très fragiles. Avant le séchage, chaque bande de peinture a été transférée directement sur une autre feuille, écrasant ainsi les gestes obsessionnels qui ont essayé de maîtriser une surface devenue picturale et laissant un indice de ce processus, un vestige visuel. Ensuite, le geste final a été l’intervention sur ces feuilles en les modulant : elles ont été pliées, froissées, déchirées, bref, elles ont vécu. La matière a pris vie grâce à sa déformation.

Les futurs projets vont explorer l’usure de l’image avec des déformations numériques (agrandissements et recadrages extrêmes, désaturation et incrustations de teintes en camaïeux) qui seront suivis par une reproduction en matière de peinture. Ce geste de peindre à partir d’une petite sélection de pixels vise à réfléchir autour de ce qui compose les images qui circulent sur le web et qui définissent ensuite notre vie numérique, cette dernière ayant une place assez importante dans notre quotidien aujourd’hui.

Zach Mitlas, février 2020

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(EN)

Statement

The main part of my project today is about exploring the materiality of painted images and of objects in different ways. In order to follow this path and to generate various forms with this in mind, I make things that integrate contradictory actions: building picturality and form faced with their own alteration, even deterioration and dissappearance. This work is currently composed of three parts: making paintings on very thin supports, deforming these sheets that become like skins by manipulating them with movements that disrupt a pictorial effect and privilege a non-flat surface. Finally, these sheets are spread on the floor and on the wall of an exhibition space, creating sorts of bodies marked by the traces of their lives.

The conception of this project is based notably on a desire to deconstruct painting and to put it more in relation to its context. The painted surface can then act in situ and fold, crumple and take other forms that are more flexible. The act of painting on these surfaces starts with a reflection on photographs from various domains, recently in line with the Polish worker’s movement Solidarność, mobilizing digital traces of a foundational moment in democracy in Eastern Europe 40 years ago. When these source images are translated into painting, they leave the symbolic domain to live within a space as visual marks made from a certain incapacity to transcribe traces of the past. They become remains of a multitude of humain experiences on the same horizontal plane, unrolling like parchments.

In this way, the project Path to No End, for my last residency in Linz, explored the traces of memory in multiple ways, both visual and formal. The first part of the project was the execution of paintings on aluminum foil, a very fragile surface. Before drying, each strip of painting was transferred directly onto another sheet, thereby crushing the obsessional gestures that attempted to master a pictorial surface and leaving signs of the process, a visual vestige. Then, the final act was intervening on these sheets by manipulating them: they were folded, crumpled, torn, in sum, they lived. The material came to life from to its own deformation.

Futur projects will explore wear and tear of the image with digital deformations (extreme blow-ups and cropping, desaturations and tonal inlays) which will be followed by a translation into painting. The act of painting from a small selection of pixels aims to reflect upon what constitutes images that circulate on the web and therefore define our digital life, a realm that has become such an large part of our everyday.

Zach Mitlas, February 2020